Puis soudain

Mitsouca CELESTIN en robe rose
est accompagnée de sa mère Rose-Marie,
lors de l'animation des premiers
 ateliers d'écriture organisés par l'ANA
sur la plage.


Puis soudain,  je m’ennuie
Voir l’autre monde
C’est un besoin
Voir à travers ma mère
Ne me suffit plus

Et je sors
Non sans périls
Vouloir  dire les mots
Je salue ce monde par des cris
Beaucoup font comme moi

Les nuits se suivent
Les jours se succèdent
On emporte certains
Il ne reste  que moi
Une femme m’apporte  à une autre
Je la reconnais
C’est ma mère
Ses bras me réconfortent
Ses larmes noient mon visage
Je m’endors.
.
Les jours se suivent
Les mois se succèdent
Mes cris sont des gazouillis
Mes gazouillis sont des mi-mots
Je me déplace comme le chien.

Les jours s’égrainent
Mes besoins se font comprendre
Timidement
Je fais un pas
Je marche
Je parle
Puis je cours

Les années se succèdent
Les mois se suivent
Ma mère m’instruit
Elle m’éduque.

Je grandis ;
La parole ne me suffit pas.


J’affronte le soleil le jour
La pluie, la nuit


Mais je lis
Je danse
J’écris
Et je pleure
.
Dans mon lit
Je caresse le froid et la solitude
A mes réveils
Je découvre le monde
Celui des autres
Leurs espérances stupides
Leurs phobies ridicules
Leurs mœurs frivoles

Je crée le mien
Indestructible
Infranchissable
Plus fidele que mon corps,
Je l’emporte partout
Des profondeurs de la mer
A la source des rêves
Des sources des rêves
Aux entrailles de la terre

Je lis,
C’est pour créer
Résister à vos mondes

Je danse,
Pas de vos musiques
Des  battements de mon cœur,
Du rythme de mes pouls

J’écris,
Non pour la célébrité
Pour mes futurs enfants

Et si je pleure
Non pour vous, ni pour moi
Pour celui qui meurt dans ma tête.

Je vis
J’explore le monde
Celui des autres
Leurs espérances stupides
Leurs phobies ridicules
Leurs mœurs frivoles
Je côtoie le sexe
Je tombe sur l’amour
J’instruis et éduque à mon tour

Je lis
Je danse
Je pleure
Et espère pour mes enfants

Les années se suivent
Le temps s’égraine
Mes enfants grandissent
Mes enfants sont des adultes
Je les conseille
Je vieillis

Les années se succèdent
Mon corps s’affaiblit
Je remonte le temps
J’avance vers quelque chose
Mes pas sont timides
Ma bouche, édentée
Et j’ai trois pieds.

Puis, soudain je m’ennuie
Voir l’autre monde
C’est un besoin
Celui que cache la mer
Les étoiles, le vent
Celui que cache le ciel
La terre, les miroirs.

J’ouvre grands les yeux
Je souris
Je les ferme
Ne les ouvre plus pour ce monde…..

                                                            Mitsouca CELESTIN, 16 ans
Mitsouca CELESTIN, en salle de cours.

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